La face cachée de la blogueuse, partie 5 : Schizophrénie – Vie privée / pro vs blog

schizophrénie

Cela fait un petit moment que je veux vous parler d’une autre face cachée de la blogueuse que je suis, mais je n’arrivais pas à trouver les mots pour parler de ce que j’appelle la schizophrénie de la blogueuse (terme utilisé dans un registre non-médical ici – je n’ai pas trouvé mieux). Et puis, ce matin, l’illumination : j’ai compris que toute la problématique reposait dans ce triangle infernal qui oppose ma vie privée, ma vie professionnelle et ma vie de blogueuse. Je vous explique.

.

Avant de bloguer, il y a 5-6 ans, ma vie se définissait entre ma vie privée (la famille, les amis) et ma vie professionnelle (la fac, les jobs étudiants). Alors, certes, j’avais des collègues de fac qui étaient des amis très proches, mais les limites de chaque cercle étaient claires, bien définies. En gros, ma famille n’avait pas vraiment son mot à dire sur mes études, mes collègues de fac ne savaient pas ce que je faisais de mes week-ends. J’étais libre, je ne me sentais pas surveillée ou jugée sur des choses qui n’avaient rien à voir avec la sphère dans laquelle je côtoyais mes plus ou moins proches.

Et puis le blogging est arrivé, en parallèle des réseaux sociaux où je partage des instants choisis de ma vie depuis quelques années. J’insiste sur le mot “choisis” car, si j’essaie de garder un max de réalisme / réalité dans mes posts, je n’y raconte pas toute ma vie. Ce sont des instantanés qui capturent l’instant T et ne définissent pas ma vie.

.

Donc, je disais, le blogging est arrivé – et j’ai vite eu à choisir entre garder mon blog secret ou pas. Je n’ai jamais voulu être complètement anonyme, mais j’avais peur que l’on me juge dans ma vie privée et/ou professionnelle sur le fait de tenir un blog (a l’époque, dans l’imaginaire collectif, c’était encore synonyme de journal intime), qui plus est sur le thème de la beauté. Car c’est un sujet hyper-futile pour beaucoup de personnes, et aussi parce que les gens s’imaginent que les blogueuses beauté se doivent d’être belles (on en a déjà parlé ici…).

J’ai décidé de ne pas forcément bloguer anonymement (je me suis présenté sous mon prénom pas-si-commun-que-ça et comme étant de Toulouse – tout en me gardant, au début, de publier des photos de moi) mais j’ai quand même choisi de réguler qui, dans ma vraie vie, saurait que j’ai un blog. Au final, je me fiche presque que des inconnus me jugent, c’est le jugement de mes proches qui compte. Au début, j’ai décidé de ne partager mon blog qu’à quelques rares élus, qui y trouveraient leur compte. Puis, au fil des années, de plus en plus de mes proches ont su que j’avais un blog beauté, notamment parce que j’ai décidé de partager mon flux RSS sur mon compte Facebook privé (qui comporte des collègues et ma famille – mais pas mes supérieurs hiérarchiques).

.

En floutant les frontières entre mes vies privée et professionnelle, d’un coté, et ma vie de blogueuse de l’autre, j’ai pris certains risques et, même si personne IRL ne m’a vraiment reproché quoique ce soit, j’ai parfois l’impression de marcher sur des oeufs. Quand ma mère surfe sur mon blog, je frissonne à l’idée qu’elle voie combien je dépense chaque mois en futilités (alors que je me plains de ne pas gagner suffisamment pour faire le plein de fruits et légumes frais)… Quand je dis à une collègue du boulot que je n’ai pas eu le temps de finir tel projet alors qu’elle peut constater facilement que je publie tous les jours ici depuis 5,5 ans, en un clic, je culpabilise (pareil si c’est une amie qui me proposait de boire un verre). Un dernier exemple en date, c’est mon voyage sur la Côte d’Azur : je suis actuellement en convalescence de mon opération du kyste pilonidal, c’est officiel auprès de mes collègues… mais qu’en penseraient-ils s’ils voyaient mes photos de vacances sur Instagram ? On n’y voit pas ma longue plaie non-cicatrisée, on ne sait pas que j’ai serré les fesses pendant les 5h30 de voiture qu’a duré le trajet… Comme je vous le disais, il s’agit d’instants choisis…

Jusqu’à présent, il n’y a qu’à mes supérieurs hiérarchiques que j’ai réussi à cacher l’existence-même de mon blog – de ma double vie. Parce que le présentéisme est roi dans mon domaine, que si tu as eu le temps de bloguer ou d’aller dans un salon de thé avec tes amis, c’est que tu avais le temps de travailler plus, et vu que ton travail n’est pas parfait, tu ne travailles donc pas assez… Je joue pourtant avec le feu avec mon compte unique LinkedIn, mon chef qui a eu accès – un jour – à mon blog voyage ou à qui j’ai répondu par mail avec mon email de blog (j’en cauchemarde encore)…

.

Je ne regrette pas d’avoir ouvert un blog, loin de là !!! , ni même de ne pas l’avoir gardé complètement ou partiellement anynome… mais, parfois, je me demande comment j’aurais pu faire pour m’éviter ces frissons d’horreur à l’idée d’être jugée par mes proches (côté vie privée ou vie professionnelle). Cela s’ajoute à ce dont on a déjà parlé, ma peur d’être regardée de travers quand j’avoue avoir un blog beauté à des gens que je voie en vrai (“Quoi, blogueuse beauté, elle ? Elle s’est pas regardée dans le miroir ? ” – plus d’infos ici).

Voilà ce qui me passait par la tête quand je pensais à la schizophrénie de la blogueuse (beauté de surcroît). Cela n’est pas la face cachée de toutes les blogueuses, c’est la mienne, je le précise. N’hésitez pas à me dire ce qu’il en est pour vous, si vous avez le même problème de double vie à cacher, ou pas 🙂

Rendez-vous sur Hellocoton !

Auteur : platinegirl

Cyrielle alias platinegirl. 28 ans, bac +7 en biosciences. Ex-toulousaine, à Exeter (UK) pour sa thèse.

4 réflexions sur « La face cachée de la blogueuse, partie 5 : Schizophrénie – Vie privée / pro vs blog »

  1. Je blogue depuis bien moins longtemps que toi (2 ans) et mon boss est aussi mon patron mais je me retrouve énormément dans cet article. Difficile en effet de ne pas culpabiliser lorsque l’on choisit de dédier le peu de temps libre que l’on a à son blog plutôt qu’à ses amis mais après tout, bloguer est un loisir comme un autre alors pourquoi devrions-nous en avoir honte ?

  2. Rien n’est relié à mes comptes personnels..Certains savent que j’ai un blog, mais il s’en fichent..D’autres au contraire ça les intéresse et enfin, j’ai eu le cas d’anciens collègues qui sont tombés dessus et se sont moqués de moi dans mon dos ( mais je m’en fous : anciens collègues même si ça m’a blessée au début ).

    Donc voilà, mes proches savent que j’ai un blog, mais je n’en parle quasiment pas et mes comptes de bloggeuse et de vie perso sont bien différenciés et pas interconnectés.

    Bises !

Laisser un commentaire